livres

La leçon de pêche

Le cadre est parfait. Un petit port de pêche atypique, véritable décor de carte postale, des vieux filets qui se reposent dans un coin, quelques canots amarrés par-ci par-là, il y a même un pêcheur qui fait une petite sieste dans son embarcation… Clic, flash, clic, le touriste armé de son objectif peut s’en donner à coeur joie, ces clichés seront du plus bel effet dans son album souvenir. Mais voilà, tous ces cliquetis vont réveiller le marin endormi. Plutôt gêné, le touriste se sent alors obligé d’engager la conversation… Débute alors un échange étonnant où vont se croiser deux visions bien différentes de la vie !

Lorsqu’il s’adresse aux enfants, Émile Bravo aime aborder des sujets forts, très souvent d’actualité, parfois graves ou sensibles, mais toujours intelligents. Sa série « Jules » en est un parfait exemple. Nous ne sommes donc pas étonnés de le voir s’emparer de cette nouvelle, écrite par Heinrich Böll, auteur allemand, prix Nobel de Littérature en 1972, où il est question de bonheur, de valeurs, d’ambition et de modestie.

Avec la complicité de Bernard Friot qui en a assuré la traduction et l’adaptation, Émile Bravo met en images ce texte en mélangeant des pleines pages d’illustration et des séquences découpées au format bande dessinée. Au final, cela nous donne bien joli petit album, format à l’italienne, soigneusement imprimé sur du papier bouffant apportant un vrai confort à la lecture. Un libre à découvrir pour soi, à partager pour le plaisir et à offrir pour éduquer.

Beau programme !

Texte d’Heinrich Böll, traduction et adaptation de Bernard Friot, dessins d’Émile Bravo. P’tit Glénat, 12 €, mars 2012. Dès 5 ans.

© Emile Bravo – p’tit Glénat

L’ABC des onomatopées

Onomatopée, en voilà un mot rigolo qui derrière une prononciation un peu compliquée se révèle être un terrain de jeu particulièrement amusant. Bruno Gibert a même décidé de consacrer un abécédaire complet à ses sons qui adorent se déguiser en mots. De Hourra à Wouaf, en passant par Clap-clap ou Teuf-teuf, il nous invite à parcourir l’alphabet d’une manière bien singulière.

On aurait pu tout imaginer pour cet imagier… et c’est là que Bruno Gibert vient nous chercher, là où on ne l’attend pas… Bien évidemment ! Et c’est ce qui nous plaît naturellement ! Dans cet album, il a décidé de représenter les gros Boum, les Smack qui claquent et les Zzzzzzzz qui s’étirent à travers une galerie de toutous complètement Toc-toc ! Le résultat est étonnant et surprenant. Dans une ambiance très années trente, caniches, bichons, setters et bulldogs se mettent en scène dans des images qui se répondent joyeusement. Les illustrations de Bruno Gibert ont pour habitude d’interpeller le jeune lecteur, de les amener dans un univers atypique, distingué et décalé, toujours rempli d’humour où leur imagination pourra voguer paisiblement. Quand on aime, on ne s’en lasse pas !

Il y a eu les Minichats (à découvrir sur l’excellent blog de Sophie Van der Linden), voici donc les chiens bruyants, on attend maintenant avec impatience la prochaine destination de cet artiste poilant !

Par Bruno Gibert. Le Baron Perché, 15,50 €, mars 2012. Dès 4 ans.

© Bruno Gibert – Le Baron Perché

Une tribu dans la nuit

Attention, chef-d’oeuvre !

Autant vous prévenir tout de suite : la toile de fond de cet ouvrage de Glenda Millard est loin d’être rose, elle est même plutôt gris très foncé, pour ne pas dire noire…

Tout commence par la fugue de Skip, jeune adolescent qui, plus qu’une énième famille d’accueil, cherche avant tout à fuir cette vie qui ne lui a fait aucun cadeau ; et qu’importe les conséquences : les difficultés à trouver un toit pour passer la nuit, le parcours du combattant pour trouver un peu de nourriture…

Et puis, comme si l’atmosphère n’était pas suffisamment pesante, l’auteure en rajoute une couche en faisant éclater une guerre… (on vous avait prévenu !)

Mais toute cette souffrance, toute cette tension que dépeint ici si bien Glenda Millard est largement contrebalancée par la beauté et la force de l’histoire qui vient s’y greffer, qui contraste largement avec ce contexte d’horreur et gagne donc d’autant en puissance.

Car Une tribu dans la nuit, c’est avant tout une magnifique histoire, un roman poignant sur l’amitié, l’entraide, la solidarité, sur ces familles que l’on se choisit, et qui parfois se révèlent plus importantes, car plus sincères, que celles du sang…

En effet, très vite, Billy, un SDF sans âge va prendre Skip sous son aile et, pour la première fois, le garçon aura l’impression d’avoir un grand-père, quelqu’un qui tient (enfin) à lui. Puis ce sera au tour du jeune Max, ce petit garçon qui attend désespérément le retour de sa mère portée disparue depuis le début des bombardements. Enfin, Tia, cette jeune ballerine de tout juste quinze ans déjà mère, sera la dernière à rejoindre cette tribu si singulière et touchante. Ensemble, ils trouveront la force d’affronter la guerre, cette guerre à laquelle ils ne pourraient survivre seuls…

Une tribu dans la nuit, c’est donc l’histoire d’une très grande aventure humaine, où le passé et les différences de chacun sont laissés de côté, pour ne laisser place qu’à l’intensité du présent.

Il s’agit là d’un roman particulièrement fort, magnifique. On y rit, on y pleure, et, vous l’aurez compris, c’est un énorme coup de foudre !

Une tribu dans la nuit, par Glenda Millard, éditions Hélium, octobre 2011. Dès 11 ans.

Philomène et les ogres

Vous connaissez peut-être déjà la petite Philomène de Laurent Richard et Quitterie Simon, celle de Jean-Christophe Mazurie ou bien un peu plus loin dans vos souvenirs celle d’Anne Wilsdorf ? Nous avons rendez-vous aujourd’hui avec une autre petite héroïne qui répond à ce doux prénom d’origine grecque et qui vient du verbe philein qui signifie être aimé, et cela tombe assez bien, car cette Philomène-là, je pense que vous allez l’apprécier comme il se doit.

La petite Philomène coule une existence paisible en compagnie de sa maman. Toutes les 2 vivent dans une charmante maisonnette en lisière de forêt. Mais attention, pas n’importe quelle forêt ! Non ! Il s’agit de LA forêt Noire, peuplée d’Ogres mangeurs d’enfants et d’on ne sait quels monstres encore plus effrayants. La maman de Philomène est très stricte, il est interdit de pénétrer dans ce bois mal famé… Vous l’aurez donc compris, la suite est plutôt logique. Il va suffire d’un seul moment d’inattention pour que la fillette se perde dans ce dédale obscur et fasse une très mauvaise rencontre. Mais là où les choses basculent, c’est que notre petite Philomène ne vas pas se retrouver assaisonnée à mijoter dans une marmite, mais elle va être transformée en… ogresse. Victime d’un sortilège maléfique qui touche les enfants imprudents, Philomène arrivera-t-elle à retrouver ses petites couettes blondes ?

Cette histoire donc prend ses racines dans le terreau fertile des contes traditionnels pour enfants. En reprenant les bases et les ingrédients classiques du genre, Arnaud Delalande se donne les moyens d’emporter par la suite les jeunes lecteurs dans des directions inattendues où frissons et sensations les attendent impatiemment. Lorsque l’on est petit, on aime se faire peur, ça aide à grandir !

Les illustrations de Charles Dutertre accompagnent merveilleusement cette lecture remplie d’émotions. À la fois colorée et inquiétantes, drôles et ensorcelantes, ses grandes images donnent de relief au récit. On pourrait s’arrêter là et vous dire que cet album est déjà une bien jolie découverte, mais la cerise sur le gâteau se trouve juste derrière la couverture. En effet, vous y trouverez un CD où se cache la voix chaleureuse de Jean-Pierre Marielle. En compagnie d’Agathe Natanson,  sur des musiques de David Chaillou et avec la complicité d’une chorale composée de 30 enfants et dirigée par Natacha Bartosek, il conte avec la douceur qu’on lui connaît les aventures de cette petite Philomène. Quelle chanceuse  ! On a même le droit à un bonus vidéo qui nous propose le making-of de cette aventure.

Cet album va au delà du livre-CD classique que l’on connaît, du texte aux images en passant par l’ambiance sonore, tout y est délicieux et le voyage en est que plus dépaysant. Prenez le temps de vous arrêter au pays des Ogres !

Par David Chaillou, Arnaud Delalande et Charles Dutertre. Gallimard Jeunesse Giboulées, 22 €, octobre 2011. Dès 5 ans.

Extrait :

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Capitaine Massacrabord

À l’abordage !!! Oserez-vous monter dans le Black Tiger. ? À la barre la capitaine Massacrabord, sans oublier son équipage restreint : Billy Bouteille, Jonas Jointure, Timothée Tic, Garry Garrot et Pierre Pont. Les noms de ces pirates coriaces en disent long…  Une fine équipe habituée aux combats, au supplice de la planche, sillonne l’océan d’un bleu lumineux.

« Terre à l’horizon » !!! La curiosité pousse notre capitaine à un accostage précipité… Il s’agit d’une île rose peuplée de créatures plus bizarres les unes que les autres comme le Guggaflop ou encore le Mousterache. Nos pirates découvrent et capturent une « Créature Jaune, une créature luisante comme du beurre. » Cette dernière pourrait bien changer le destin de notre capitaine Massacrabord… Alors prêt à vous engager ?

(Re)Découvrez le premier livre de Mervyn Peake paru en 1939 et son univers très particulier, textes et illustrations drôles et poétiques, certaines illustrations font penser aux gravures de Gustave Doré.


Pour découvrir Mervyne Peake, cliquez ici !

Par Mervyn Peake. La Joie de lire, 17 €, octobre 2011.  Dès 6 ans.

Page 1 sur 161234510Dernière page »