
Si comme moi vous avez passé des heures à décortiquer chaque illustration du livre « Dans la forêt profonde » et à vous régaler de chaque détail des textes et des images d’ « Une histoire à quatre voix », ce livre est pour vous. J’ai lu d’une traite ses 240 pages, impatiente à chaque chapitre de lire le suivant.
Il s’agit bien d’une présentation d’Anthony Browne par Anthony Browne. Suggéré par son éditrice, le livre a pris forme à la suite d’entretiens avec son fils Joe Browne. Le fil conducteur en est le jeu des formes, inventé avec son frère Michael quand ils étaient enfants : « la première personne dessine une forme abstraite, la seconde, avec si possible un crayon de couleur différente, la transforme en quelque chose de reconnaissable ». Ce jeu nourrit encore aujourd’hui toute sa créativité.
Le livre est divisé en 13 chapitres. Le premier chapitre est consacré à son enfance dans une famille où le dessin, le théâtre et le rugby cimentaient leurs relations. La figure paternelle est à l’image de ses gorilles : imposante, forte, mais également d’une grande sensibilité. Il est profondément marqué par la mort de son père à laquelle il a assisté impuissant.
Il s’est naturellement tourné vers des études d’art, mais fut très vite déçu par les enseignements qu’il y a reçus. Ce fut finalement un poste d’illustrateur médical qui fut le plus formateur pour affirmer son style réaliste et sa technique à l’aquarelle. Après l’illustration de cartes de vœux, il a saisi en 1976 l’opportunité de publier des livres pour enfants.

À partir du chapitre 4, il revient sur chacun de ses albums par ordre chronologique de publication, de « Through the Magic Mirror » à « Une autre histoire ». Il travaille les textes et les illustrations en même temps, à partir de l’idée qui a surgi d’elle-même, en visualisant chaque scène, chaque transition comme un metteur en scène. Les mots et les illustrations se complètent ; chacun apporte un nouvel élément à l’histoire sans jamais être redondant par rapport à une information déjà transmise. Il glisse de multiples détails dans ses images, pour s’amuser et renforcer la compréhension de l’histoire, lors de la dernière étape de son travail, afin de maintenir son intérêt pour le livre tout au long de sa conception.
Il nous fait part de son expérience, de sa technique, de ses motivations, de ses influences surréalistes, de ses difficultés et de ses doutes parfois et revient également sur les interprétations de ces albums livrés par des journalistes et des psychologues. Elles lui semblent justes, même si parfois c’est bien involontairement que l’image du père se révèle dans les yeux d’un gorille ou qu’un mur en briques est posé dans une illustration.
Ce fut un pur plaisir de découvrir que j’avais saisi la bonne interprétation pour tel détail et que d’autres m’avaient échappé comme les références religieuses. Anthony Browne aime son travail, nous transmet une fois de plus sa passion et nous promet de continuer encore longtemps à « jouer » avec les mots et les illustrations.

Au fait, je vous ai dit que j’étais une fan inconditionnelle d’Anthony Browne ?
Par Anthony Browne et Joe Browne. Kaléidoscope, 28 €, octobre 2011.
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