romans

Une tribu dans la nuit

Attention, chef-d’oeuvre !

Autant vous prévenir tout de suite : la toile de fond de cet ouvrage de Glenda Millard est loin d’être rose, elle est même plutôt gris très foncé, pour ne pas dire noire…

Tout commence par la fugue de Skip, jeune adolescent qui, plus qu’une énième famille d’accueil, cherche avant tout à fuir cette vie qui ne lui a fait aucun cadeau ; et qu’importe les conséquences : les difficultés à trouver un toit pour passer la nuit, le parcours du combattant pour trouver un peu de nourriture…

Et puis, comme si l’atmosphère n’était pas suffisamment pesante, l’auteure en rajoute une couche en faisant éclater une guerre… (on vous avait prévenu !)

Mais toute cette souffrance, toute cette tension que dépeint ici si bien Glenda Millard est largement contrebalancée par la beauté et la force de l’histoire qui vient s’y greffer, qui contraste largement avec ce contexte d’horreur et gagne donc d’autant en puissance.

Car Une tribu dans la nuit, c’est avant tout une magnifique histoire, un roman poignant sur l’amitié, l’entraide, la solidarité, sur ces familles que l’on se choisit, et qui parfois se révèlent plus importantes, car plus sincères, que celles du sang…

En effet, très vite, Billy, un SDF sans âge va prendre Skip sous son aile et, pour la première fois, le garçon aura l’impression d’avoir un grand-père, quelqu’un qui tient (enfin) à lui. Puis ce sera au tour du jeune Max, ce petit garçon qui attend désespérément le retour de sa mère portée disparue depuis le début des bombardements. Enfin, Tia, cette jeune ballerine de tout juste quinze ans déjà mère, sera la dernière à rejoindre cette tribu si singulière et touchante. Ensemble, ils trouveront la force d’affronter la guerre, cette guerre à laquelle ils ne pourraient survivre seuls…

Une tribu dans la nuit, c’est donc l’histoire d’une très grande aventure humaine, où le passé et les différences de chacun sont laissés de côté, pour ne laisser place qu’à l’intensité du présent.

Il s’agit là d’un roman particulièrement fort, magnifique. On y rit, on y pleure, et, vous l’aurez compris, c’est un énorme coup de foudre !

Une tribu dans la nuit, par Glenda Millard, éditions Hélium, octobre 2011. Dès 11 ans.

Comment (bien) gérer sa love story

Après Comment (bien) rater ses vacances, sorti en 2010, Anne Percin nous invite (et c’est avec joie qu’on la suit !) à découvrir la suite des aventures de Maxime Mainard, son héros adolescent passionné de musique qui a le chic pour se retrouver dans les situations les plus grotesques et les plus improbables…

Stop, je vous arrête tout de suite ! Même si vous ne connaissez pas encore Maxime, et  même si ce nouveau roman est présenté comme étant une « saison 2″, sachez que vous pouvez le lire sans problème, même en ayant fait l’impasse sur le tome 1 ! (bien qu’il soit fortement conseillé de se le procurer au plus vite pour faire travailler vos zygomatiques !)

L’été de Maxime a été délirant, l’automne le sera tout autant !

Nous retrouvons donc Maxime au début de sa rentrée de terminale. Il est sur le point de fêter ses 18 ans. Temps du bac, des smartphones, des disputes avec les parents (même si on ne peut prétendre d’un « ado qui passe son temps chez sa mémé qu’il est un rebelle en puissance »)… Temps du premier amour aussi. Évidemment. L’heureuse élue du coeur de Maxime, c’est Natasha (découverte durant l’été sur Spacebook, sous le pseudonyme de Pikachu)…

Mais quand on est apprenti en matière de relations amoureuses, il n’est pas toujours facile de savoir comment faire pour être le parfait petit ami… Et cette petite blonde de deux ans son aînée ne va pas faciliter la tâche de notre héros ! Car il va vite découvrir que quand on en pince pour un caractère pour le moins « bien trempé » qui ne partage aucun de ses centres d’intérêt ou passions, il peut être difficile de construire quelque chose à deux… Mais courrez donc découvrir cette nouvelle aventure de Maxime , il vous en parlera mieux que moi !

Un roman hilarant comme sait si bien les écrire Anne Percin. On attend avec impatience le tome 3 !

Another brick in the wall, le blog interactif  d’Anne Percin.

Par Anne Percin. éditions du Rouergue, collection Doado, 13,50 €, septembre 2011. Dès 13 ans.

 

À mort la Mort !

Léopold, 11 ans, vient de perdre son grand-père. C’est le roulement de tambour du croque-mort du village qui lui apprend la nouvelle ; ce même roulement de tambour qui annonce les naissances… Mais les proches de Léopold ont beau lui expliquer que l’on appelle cela le cycle de la vie, notre héros ne l’entend pas de cette oreille. 

Il est triste, il est malheureux, certes, mais surtout… il est en colère. En colère contre cette mort qui a osé lui enlever ce grand-père qu’il aimait tant et qui ne sert décidément à rien, si ce n’est à faire pleurer les gens…

Léopold est déterminé. Avec ses copains, ils vont mettre à mort la Mort… Mais est-ce vraiment une bonne idée ? … Car le grand livre des croque-mort le dit bien : « Malheur à ceux qui auront pour projet de tuer la mort, car elle les rejoindra à pas de géant, dans un cliquetis infernal pour cracher sur les insolents son haleine létale. »

Frédéric Kessler et les éditions Thierry Magnier nous offrent ici un court roman philosophique des plus réussis, qui pose les questions délicates de la vie après la mort, du pourquoi les gens meurent… Les réponses également sont là, plus ou moins implicites, mais néanmoins bel et bien présentes.

Parce qu’il s’agit d’un thème parfois difficile à aborder, parce que les mots sont parfois compliqués à trouver, ce roman est selon moi un indispensable.
Une très belle réussite.

 Extrait :

[box_light]Il était une fois, il y a très longtemps, dans un pays qui n’existe plus aujourd’hui, un garçon qui s’appelait Léopold. Il vivait dans un petit village perdu et perché tout en haut de la plus haute montagne du pays. Dans ce village, pour chaque personne qui poussait son dernier soupir, il y avait dans une maison non loin delà, un bébé qui poussait un cri de surprise en découvrant le vaste monde pour la toute première fois.[/box_light]

Par Frédéric Kessler, éditions Thierry Magnier, mai 2011, 4,95 euros. Dès 8 ans. 

Le sourire de ma mère : une année avec Léonard de Vinci

 

Le sourire de ma mère est une plongée dans l’intimité de la vie de Léonard de Vinci à la fin de sa vie. L’action se passe en 1518. Le roi François Ier fasciné par l’artiste l’a invité en France et a mis à sa disposition le château de Cloux à Amboise. Suite au décès de sa sœur, Caterina y entre en tant que servante.

Elle s’exprime difficilement et est considérée comme simple d’esprit. Dès sa première visite dans la chambre du maître, elle est fascinée par le portrait d’une femme au sourire énigmatique qui lui rappelle sa mère. Elle lui livre chaque jour à demi-mot ses confidences. Léonard de Vinci la surprend et comprend qu’elle est sourde. Touché par cette jeune fille, il lui donne un appareil auditif, lui apprend à lire et à compter. La vie de Catarina en est transformée, d’autant plus quand elle s’éprend de Francesco Melzi, l’élève de Léonard de Vinci.

Marie Sellier a construit son roman à partir d’événements historiques réels. La narration est fluide et les chapitres brefs dynamisent la lecture.

Les élèves d’une classe de 5e, auxquelles j’ai présenté le roman, ont reconnu dès la couverture la célèbre Joconde. Les passages qui expliquent l’histoire du tableau et qui présentent les multiples talents de l’artiste les ont particulièrement intéressés. Ils se sont interrogés surtout sur la distinction entre les éléments réels historiques et ceux issus de l’imagination de Marie Sellier. Pour finir, la lecture s’est enrichie d’une discussion sur la vie quotidienne des enfants au XVIe siècle et l’Histoire de France. Et non, tous les rois de France n’ont pas vécu à Versailles !

Marie Sellier a été journaliste pendant plusieurs années, dont dix ans chez Bayard Presse jeune, avant de passer du côté de l'édition.

Par Marie Sellier. Nathan Jeunesse, 4,90 €, août 2011. Dès 10 ans.

Le faire ou mourir

A bientôt 16 ans, Damien, dit Dam, est un garçon mal dans sa peau… Comme beaucoup d’ados de son âge pourrait-on penser. Sauf que chez Dam, le mal-être est particulièrement profond. Si profond qu’il lui faut chaque soir s’entailler les cuisses pour « libérer son sang » et se sentir mieux. Souffre-douleur depuis toujours, il n’a personne sur qui se reposer, s’appuyer. Ni ami, ni parent…

Jusqu’à sa rencontre providentielle avec Samy.

Le faire ou mourir est le premier roman de Claire-Lise Marguier. Destiné aux adolescents, on y retrouve sans grande surprise les thèmes clés de la quête d’identité, l’homosexualité, l’indifférence ou encore la scarification. Cependant, grâce à la justesse de son vocabulaire et de son rythme, l’auteure réussit – pour notre plus grand plaisir – à sortir son livre de la masse des romans ados. L’émotion est sur toutes les pages, et les larmes que verse volontiers notre héros trop sensible et trop fragile deviennent bientôt celles du lecteur, véritablement immergé dans l’œuvre. Un roman fort, dont la fin ne vous laissera très certainement pas indifférent.

Le faire ou mourir, Claire-Lise Marguier, éd. Le Rouergue, coll. Doado, septembre 2011, 9 €. Dès 13 ans.

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